Entrevue avec une technologue en géomatique

REPÈRES ta carrière (Entrevues)
12 mai 2026
Natacha Brosius

La géomatique est omniprésente dans notre quotidien, même si elle passe souvent inaperçue. Elle permet d’analyser le territoire, de visualiser l’information et de soutenir la prise de décision dans de nombreux domaines. À travers son parcours, Natacha Brosius, technologue en géomatique, nous fait découvrir les coulisses de ce métier encore méconnu et le rôle essentiel que jouent les données et les cartes dans notre société.

Natacha Brosius
Technologue principale en géomatique
Ministère des Ressources naturelles et des Forêts
Question
Comment avez-vous choisi votre métier?
Réponse

Mon parcours vers la géomatique est assez atypique. Je viens de France et, au départ, je n’avais absolument pas prévu de travailler dans ce domaine. J’ai d’abord étudié en biochimie, mais très vite je me suis rendu compte que le travail en laboratoire ne correspondait pas à ce que je recherchais. Les analyses devenaient de plus en plus automatisées : on plaçait les échantillons dans une machine, on appuyait sur un bouton et la machine faisait le reste. J’avais l’impression de ne plus vraiment réfléchir.

J’ai ensuite été recrutée par une entreprise qui développait un logiciel de gestion pour les laboratoires d’analyses médicales. Au départ, mon rôle était de former les utilisateurs, puisque je comprenais bien leur réalité professionnelle. Mais rapidement, j’ai commencé à travailler sur la gestion des bases de données et le développement informatique afin d’adapter le logiciel aux besoins réels des laboratoires. Sans vraiment m’en rendre compte, je suis devenue développeuse.

Par la suite, j’ai travaillé comme consultante en gestion de données dans différents domaines, comme l’assurance et le pharmaceutique. C’est finalement lorsque j’ai été recrutée par l’Établissement français du sang (EFS) - l’équivalent d’Héma-Québec en France - que j’ai découvert la géomatique.

L’organisation souhaitait mettre en place un système d’information géographique (SIG) afin d’analyser le territoire. Par exemple, il fallait comprendre où vivaient les donneurs de sang, où organiser les collectes ou encore où implanter de nouveaux centres de don.

C’est à ce moment-là que j’ai découvert la puissance de la cartographie. Quand on regarde des milliers de lignes dans un tableau Excel, il est très difficile de comprendre ce qui se passe. Mais lorsqu’on transforme ces données en carte, tout devient beaucoup plus clair. On peut voir immédiatement les tendances, les déplacements et les zones où certaines actions seraient plus pertinentes.

Quelques années plus tard, avec mon projet d’immigration au Québec, j’ai décidé de reprendre des études en géomatique au cégep de Limoilou afin de consolider mes connaissances et d’obtenir une formation technique complète. Aujourd’hui, je travaille comme technologue en géomatique au Ministère des Ressources naturelles et des Forêts, où je contribue à analyser et diffuser des données territoriales sous forme de cartes destinées autant aux spécialistes qu’au grand public.

Question
À quoi ressemble une journée de travail?
Réponse

Mes journées ne se ressemblent jamais, et c’est une des choses que j’aime le plus dans ce métier.

Je travaille dans une équipe qui s’occupe de la diffusion et de la mise en valeur des données géographiques. Concrètement, nous produisons les cartes utilisées par le Ministère ou diffusées au public.

Lorsqu’une demande arrive, elle est d’abord analysée par un chef de projet qui rencontre le client pour comprendre ses besoins. Ensuite, le dossier arrive entre mes mains pour la partie technique.

Je dois alors récupérer les données nécessaires, vérifier leur qualité et les transformer pour qu’elles puissent être utilisées dans une carte ou une application cartographique.

Selon les projets, le résultat final peut prendre différentes formes : une carte imprimée, un document PDF ou encore une carte interactive en ligne.

Je fais aussi beaucoup de soutien technique. Certains collègues doivent produire des cartes, même si ce n’est pas leur spécialité. Mon rôle est alors de les accompagner et de m’assurer que les cartes produites sont claires et compréhensibles.

Une autre partie de mon travail consiste à créer des gabarits de cartes, c’est-à-dire des modèles réutilisables. Cela facilite le travail des utilisateurs tout en assurant une cohérence dans la présentation des cartes.

Question
Quel est votre parcours de formation?
Réponse

Lorsque je suis arrivée au Québec, j’ai choisi de suivre le DEC en géomatique – spécialisation cartographie et gestion de données au cégep de Limoilou.

La formation est très concrète et permet de toucher à plusieurs aspects du métier. On y apprend à utiliser les systèmes d’information géographique (SIG), à gérer des bases de données géographiques et à produire différents types de cartes professionnelles.

La première année est commune avec les étudiants en arpentage. Nous apprenons notamment à prendre des mesures sur le terrain et à utiliser différents instruments.

Ensuite, les parcours se séparent : certains se spécialisent davantage dans la collecte de données sur le terrain, tandis que d’autres, comme moi, se concentrent sur l’analyse et la représentation des données.

Cette formation m’a permis d’acquérir une vision complète du domaine et de découvrir les nombreuses applications de la géomatique.

Question
Qu’est-ce que vous aimez le plus de votre profession?
Réponse

Ce que j’aime le plus, c’est la diversité des projets.

La géomatique est présente dans de nombreux domaines : santé publique, transport, environnement, urbanisme ou marketing.

Par exemple, on peut analyser les trajets des ambulances pour déterminer l’endroit le plus efficace pour installer un nouveau centre d’urgence. On peut aussi étudier les déplacements de la population ou analyser les îlots de chaleur dans une ville.

Une illustration intéressante vient du secteur de la livraison. Certaines entreprises utilisent la géomatique pour optimiser leurs tournées de livraison. Par exemple, les itinéraires d’UPS ont été conçus pour éviter autant que possible les virages à gauche. Tourner à gauche oblige souvent à traverser la circulation et fait perdre du temps. En réduisant ces virages, l’entreprise gagne quelques secondes à chaque arrêt, ce qui représente des gains importants à grande échelle.

C’est un bon exemple de la façon dont l’analyse du territoire et des données géographiques peut améliorer l’efficacité d’un service.

Question
Votre métier est encore peu connu. Quels sont les défis ou les réalités que les gens ne soupçonnent pas?
Réponse

La géomatique est un métier que peu de gens connaissent vraiment. Pourtant, ses applications sont partout autour de nous.

Chaque fois que vous utilisez un GPS, que vous consultez une carte électorale ou que vous regardez une carte interactive sur Internet, il y a de fortes chances que le travail d’un géomaticien se cache derrière.

C’est ce qu’on appelle souvent un métier de l’ombre. Les gens voient la carte finale, mais ne réalisent pas toujours tout le travail d’analyse et de réflexion qu’il y a derrière.

Je dis souvent que tout le monde peut faire une carte, mais que peu de gens savent faire une bonne carte!

Dans notre domaine, on parle souvent de cartes « à lire » et de cartes « à voir ». Une carte à lire oblige l’utilisateur à se référer constamment à la légende pour comprendre l’information. Une carte à voir, au contraire, transmet son message presque immédiatement.

Chaque détail compte : les couleurs, les symboles, la mise en page ou même le titre peuvent influer sur la façon dont l’information est interprétée.

La dimension culturelle et territoriale peut aussi jouer un rôle important. Par exemple, dans une région d’Alsace, la cigogne est un symbole très fort. Lorsque ce symbole a été retiré de certaines communications officielles, les gens ont cru qu’il s’agissait de messages frauduleux et ils ont cessé de participer aux collectes de sang. Cela montre à quel point la connaissance du territoire et des habitudes locales peut influer sur la communication.

Question
Quelles capacités sont nécessaires pour exercer ce métier?
Réponse

Il faut avant tout avoir un esprit analytique et aimer résoudre des problèmes.

Nous travaillons avec beaucoup de données et nous devons être capables de déceler les relations pertinentes entre différentes informations. Il faut souvent analyser plusieurs sources de données, les comparer et trouver la meilleure façon de les représenter sur une carte.

La curiosité est également importante, parce que les technologies évoluent constamment. Les outils et les logiciels changent rapidement, et il faut être prêt à apprendre tout au long de sa carrière.

Il faut aussi avoir un certain sens visuel et créatif, car la cartographie est à la fois une science et un travail graphique. Une carte doit être claire, lisible et facile à comprendre.

Enfin, il est essentiel de pouvoir se mettre à la place des utilisateurs. Une carte doit être compréhensible pour quelqu’un qui ne connaît pas forcément le sujet.

Question
Quelles sont vos conditions de travail?
Réponse

Je travaille principalement devant un ordinateur, dans un environnement de bureau. Une grande partie de mon travail consiste à analyser des données et à produire des cartes à l’aide de logiciels spécialisés en géomatique.

Comme je travaille pour le gouvernement du Québec, les conditions sont relativement stables. Les horaires sont généralement réguliers et nous avons aussi la possibilité de faire du télétravail, ce qui me permet de me concentrer dans un environnement calme.

C’est un aspect important, parce que mon travail demande beaucoup de réflexion et de concentration. Certaines tâches peuvent demander plusieurs heures d’analyse pour vérifier des données ou ajuster une carte afin qu’elle soit parfaitement claire et compréhensible.

Le travail implique aussi beaucoup de collaboration avec d’autres spécialistes, comme des analystes, des gestionnaires de projet ou des spécialistes du territoire.

Question
Constatez-vous une évolution du métier depuis que vous avez commencé à exercer?
Réponse

Oui, énormément. La géomatique évolue très rapidement, surtout avec les technologies numériques et l’augmentation de la quantité de données disponibles.

Aujourd’hui, nous avons accès à une quantité immense d’informations grâce aux satellites, aux capteurs et aux systèmes de localisation.

Le défi n’est plus seulement de collecter les données, mais surtout de les analyser et de leur donner du sens.

L’intelligence artificielle commence aussi à transformer le domaine. Certaines analyses peuvent être automatisées, par exemple pour interpréter des images satellites.

Cependant, l’expertise humaine reste essentielle pour interpréter correctement les résultats et éviter les conclusions trompeuses.

Question
Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui voudrait faire ce choix de carrière?
Réponse

Je dirais d’abord qu’il faut être curieux et ouvert aux technologies.

Contrairement à ce que plusieurs pourraient croire, il n’est pas nécessaire d’être passionné de géographie pour travailler en géomatique. Ce qui compte surtout, c’est d’aimer analyser des données et résoudre des problèmes.

La géomatique est un domaine qui combine analyse, informatique et communication visuelle. Il faut aimer comprendre comment les choses fonctionnent et chercher des solutions à des questions complexes.

Une certaine aisance avec les technologies est également un avantage, car les outils évoluent constamment.

C’est un domaine très varié, qui permet de travailler dans de nombreux secteurs. Pour quelqu’un qui aime comprendre le monde et représenter l’information de façon visuelle, c’est vraiment un métier passionnant!

 

 

*** Des outils d'intelligence artificielle (IA), dans un environnement contrôlé et sécurisé, ont été utilisés pour soutenir la rédaction de ce contenu qui a toutefois été soigneusement retravaillé et certifié par l'Équipe Repères. ***

Équipe Repères