Entrevue avec un comédien

REPÈRES ta carrière (Entrevues)
12 septembre 2022
Entrevue avec un comédien

Un comédien est un professionnel de l'interprétation qui travaille avant tout avec passion. Confronté à une rigoureuse sélection, il développe continuellement ses techniques de jeu et s'investit pleinement dans ses projets. Sa vision personnelle est importante car il doit tenter d’imaginer le ressenti et les intentions de chacun de ses personnages afin de bien les interpréter. José Dufour nous parle de cette profession qu'il exerce depuis quelques années autant dans le domaine des arts vivants que celui de l'audiovisuel.

José Dufour
Comédien
Question
Comment avez-vous choisi votre profession et quel a été votre parcours?
Réponse

La musique a toujours été très présente dans ma vie et ce sont des ateliers d’éveil artistique auxquels je participais dans mon enfance qui ont révélé mon amour de la scène. D’année en année, j’ai fait partie de diverses productions et je me suis également intéressé à l’improvisation et au chant. En terminant mes études secondaires, j’avais le désir de m’inscrire dans une école de théâtre, mais un accident de voiture a retardé mon projet. J’ai fait une pause des études, ce qui m’a amené à travailler en hôtellerie. Je me suis perfectionné en service de restauration, bar et sommellerie et j’ai poursuivi mes études en administration dans le profil de gestion commerciale au cégep Limoilou. C’est le Carnaval de L’Isle-aux-Coudres, d’où je suis originaire, qui m’a ramené sur scène. J’ai été responsable de l’organisation, de l’animation des soirées et du divertissement pendant quelques années. J’y ai découvert les comédies musicales, et ça a été une révélation lorsque je me suis rendu compte qu’il était possible de jouer, chanter et danser en même temps. À l’époque, je travaillais dans un autre domaine tout en faisant des spectacles et en auditionnant pour de la publicité. C’est à 26 ans que j’ai décidé de faire les auditions dans les écoles de théâtre comme je voulais le faire à 12 ans. J’ai été sélectionné dans trois écoles et j’ai choisi le Conservatoire d'art dramatique de Montréal, où j’ai accompli les trois ans de formation. C’était les plus belles années de ma vie! À la fin de mes études, j’ai choisi mon agent et, au même moment, je me suis fait repérer par René Richard Cyr pour jouer dans Demain matin, Montréal m’attend. Les contrats se sont enchaînés très vite par la suite. Mes champs d’activité sont très diversifiés : théâtre, comédie musicale, chant, danse, doublage, publicités, animation, etc.

Question
À quoi ressemble le travail d’un comédien?
Réponse

Une journée type n’existe pas puisque tout est toujours en mouvance. Je peux être, par exemple, en studio le matin, avoir une audition l’après-midi et jouer au théâtre en soirée, alors que le lendemain, j’aurai un horaire complètement différent. Ma vie professionnelle peut être très mouvementée ou, à l’inverse, plus tranquille lorsque je n’ai pas de contrat. En répétition pour le théâtre, je travaille avec beaucoup de gens, mais il y a également une grosse partie de mes tâches que je fais seul comme lorsque j’apprends des textes ou que je me prépare pour des auditions. Mon agente peut m’appeler à tout moment et je dois me tenir prêt. Il est possible qu’une audition se rajoute à l’horaire du lendemain et que je doive apprendre un texte très rapidement. Les auditions occupent d’ailleurs une grande partie de mon temps. Pour un seul contrat, je peux devoir en faire trois ou quatre. Par ailleurs, il est de plus en plus fréquent de les faire à distance en se connectant sur Internet avec le réalisateur pour une rencontre vidéo en temps réel ou bien il me sera demandé de lui transmettre une vidéo que j’aurai préparée au préalable. Dans ce cas, je dois me filmer moi-même en jouant mon rôle et je peux passer une demi-journée à faire l’enregistrement et le montage avant de pouvoir acheminer le tout à la production.

Lorsqu’un contrat m’amène sur un tournage pour la télévision, je reçois généralement le texte d’avance et je me prépare à la maison. De plus, chaque rôle nécessite des recherches sur le personnage. Si, par exemple, j’interprète un homme qui est en surdose de drogue, je dois me renseigner sur la médication et le type de drogue qu’il prend dans le scénario pour connaître les effets secondaires qu’il vit et déterminer comment l’appliquer dans mon corps pour rendre mon jeu réaliste. tout se fera une fois sur place. Le jour du tournage, je peux faire une seule répétition et ensuite tourner la scène en deux ou trois prises. Cependant, c’est quelque peu différent lorsque je fais de la surimpression vocale, car c’est seulement ma voix qui est enregistrée. Dans ce cas-là, je vais aller directement au studio et tout va se passer sur place. Je n’ai aucun texte à apprendre. Le travail consiste essentiellement à faire de la lecture à vue. C’est-à-dire que je vais essayer de suivre le plus possible la personne en train de parler à l’écran à l’aide du texte et de mes écouteurs dans lesquels la voix à traduire est diffusée simultanément à l’image. Pour une comédie musicale ou une pièce de théâtre, le travail se déroule davantage à long terme, car il est d’usage de répéter quelques mois avant de faire le spectacle devant le public. Par la suite, nous nous produisons à chaque fois où le spectacle est à l’affiche; donc ça s’étire sur quelques semaines et, parfois, la production requiert de partir en tournée. Lorsque j’ai participé à Don Juan, par exemple, je suis allé répéter à Paris et pour Notre Dame de Paris, je suis parti pendant trois mois en Corée pour faire la série de spectacles.

Question
Qu’est-ce que vous aimez le plus et le moins dans votre travail?
Réponse

C’est un travail qui est ultra diversifié. Ça me plaît vraiment, car je n’aime pas la routine. J’adore faire des activités que je ne ferais pas en temps normal comme découvrir de nouvelles choses, travailler un personnage comme si c’était moi, etc. Mon travail me passionne et il est important d’avoir la flamme pour perdurer et pour affronter les moments plus difficiles, car cela peut être déstabilisant de devoir faire face à un refus pour un rôle sur lequel je misais. Lorsque c’est le cas, je dois me ressaisir rapidement. C’est amusant de faire les auditions, mais, en même temps, ça devient parfois épuisant. Depuis les deux dernières semaines, par exemple, j’ai réalisé environ une dizaine d’auditions et je n’ai reçu qu’un seul appel à ce jour. Même si nous nous investissons beaucoup, nous demeurons souvent sans réponse. Nous ne savons jamais vraiment les raisons pour lesquelles nous n’avons pas été sélectionnés. Même si ça peut être décevant, il faut toujours se reconnecter à la raison qui nous motive. Pour ma part, j’aime me rendre en studio, auditionner avec les gens, me faire guider dans mon jeu d’acteur, etc. Lorsque le réalisateur me dit, par exemple, de jouer une scène en souriant un peu moins et en ayant un regard inquiet, je m’implique totalement. J’aime ces défis et répondre à ce genre de demande me stimule.

Question
Quels sont les aspects méconnus de votre profession?
Réponse

C’est autant mon agente que moi-même qui dénichons mes contrats. Pour sa part, elle s’occupe de ce qui a trait aux auditions pour des publicités et des contrats télévisés. De plus, elle peut proposer mon profil aux divers directeurs de la distribution qui la contacte lorsqu’ils recherchent des candidats pour un rôle précis. C’est également elle qui va gérer mon horaire. Par exemple, je peux avoir une répétition pour une comédie musicale et devoir tourner une publicité dans la même journée; donc lorsque des contrats se chevauchent, elle va effectuer les divers contacts pour tenter de décaler certaines obligations afin de rendre tous les engagements possibles. De mon côté, je déniche surtout des contrats qui touchent au théâtre, aux arts vivants et à la musique. Il y a énormément de bouche à oreille dans ma profession et il arrive fréquemment que des gens avec qui j’ai déjà travaillé dans le passé sur des productions pensent à moi pour certains rôles. Il y a vraiment des liens qui se tissent et des amitiés qui se développent au fil des divers contrats sur lesquels nous travaillons.

Question
Qu’est-ce que vous diriez à une personne qui désire faire ce choix de carrière?
Réponse

C’est la passion qui nous dirige vers ce domaine et je pense qu’il faut toujours continuer de nourrir cette flamme qui nous habite. Occasionnellement, nous devons composer avec certaines périodes creuses, et le fait d’être passionné et de planifier nos finances en conséquence nous aide à les traverser. C’est une bonne chose de faire divers tournages, car cela permet de connaître des gens, de développer son réseau de contacts et d’acquérir de l’expérience. Si quelqu’un a de la difficulté à dénicher des contrats au début, je lui suggérerais de participer à des courts métrages étudiants. Même encore aujourd’hui, il m’arrive parfois d’en faire bénévolement si le projet m’intéresse et pique ma curiosité. De plus, c’est une profession où le dépassement de soi est tout aussi important que les contacts. Si, par exemple, j’ai l’opportunité de jouer le rôle d’une personne vivant avec une problématique de santé mentale dans un projet étudiant, il y a de fortes chances que j’accepte afin de toucher à un personnage auquel je n’ai jamais été confronté. Même si je ne suis pas payé, il demeure que je peux m’en servir comme démo par la suite pour me vendre aux directeurs de la distribution et décrocher un rôle lucratif. Pour obtenir un contrat, le talent doit être présent, mais c’est surtout une question de contacts et de hasards de la vie. Il est essentiel d’être persévérant et proactif pour que le téléphone sonne et la polyvalence est également de mise. Je pense que pour perdurer dans la profession, un comédien doit toujours être en constante évolution et, pour ce faire, il y a une panoplie de cours disponibles.

Entrevue réalisée par Pascale-Andrée Boivin