Entrevue avec un garde du corps

REPÈRES ta carrière (Entrevues)
20 décembre 2022
Jerry Denis

Un garde du corps a pour responsabilité d'assurer la sécurité d'une personne d'intérêt et de son entourage dans l'ensemble des activités qui nécessitent une surveillance. Jerry Denis, garde du corps des premiers ministres du Canada depuis plus de 15 ans, nous explique en quoi consiste son travail au quotidien.

Jerry Denis
Garde du corps du premier ministre
Gendarmerie royale du Canada - GRC
Question
Comment avez-vous choisi votre profession et quel a été votre parcours?
Réponse

J’ai été fortement inspiré par ma grand-mère, de qui j’étais très proche, à rendre meilleur le monde dans lequel nous vivons et à nous engager pour notre communauté. C’est une femme qui est un modèle de gentillesse et de générosité, mais aussi de force. Elle s’est exilée et a fait de grandes actions pour sensibiliser la population mondiale au régime dictatorial haïtien de l’époque. Elle s’est toujours impliquée dans la communauté pour prendre sa famille et les gens les plus vulnérables sous son aile.  

Quand j’étais jeune, j’avais déjà un bon emploi, mais un jour j’ai eu une rencontre très positive avec un policier qui a été un déclencheur vers l’atteinte de mes rêves, dont celui de devenir policier. Après avoir obtenu un diplôme en techniques policières, j’ai décidé de m’enrôler dans la GRC. Je suis allé à l’École de la GRC Division Dépôt, à Régina, puis j’ai été policier en Nouvelle-Écosse pendant cinq ans. Comme la GRC est une grande organisation, les possibilités sont nombreuses pour faire évoluer sa carrière si on est prêt à se déplacer dans le pays. J’ai donc choisi de travailler dans le Peloton de protection du premier ministre. Cette fonction nécessite un cours intensif à la GRC en protection rapprochée afin d’acquérir des compétences en organisation de convois, en conduite à haute vitesse et en protection rapprochée ce qui permet d’être sélectionné pour un poste. 

Question
À quoi ressemble le travail d’un garde du corps du premier ministre?
Réponse

Il y a plusieurs quarts de travail pour assurer la surveillance constante du premier ministre et de son entourage, mais les quarts de travail débutent souvent au bureau par une rencontre de planification où il y a un partage en équipe à propos du plan de la journée, du retour sur les événements de la veille, des actualités et de l’attribution des fonctions de chaque personne de l’équipe. La planification en amont constitue une grande part du travail, et cela consiste en plusieurs vérifications des routes à choisir, en possibilité de manifestations, en enjeux logistiques, en nombre d’effectifs à attribuer, etc. 

Ensuite, l’équipe se rend à la résidence du premier ministre et s’installe dans un bureau. Au cours du quart de travail, il faut suivre le premier ministre dans ses déplacements en fonction de son horaire et veiller à la sécurité de sa famille, par exemple à l’école des enfants et durant les activités de sa conjointe. Le travail se fait en partenariat avec d’autres sections de la GRC pour la sécurité ainsi qu’avec les responsables de tous les lieux visités dans le pays et à l’occasion de voyages à l’étranger. 

Question
Qu’est-ce que vous aimez le plus et le moins dans votre travail?
Réponse

Un des aspects que j’apprécie est la diversité du travail, car il est possible de varier notre position d’une journée à l’autre entre la garde rapprochée et la conduite de convoi. Ce n’est jamais routinier, on varie entre les fonctions de garde du corps et celles de conducteur du convoi et avec l’horaire variable du premier ministre. Les déplacements à travers le monde avec le premier ministre, c’est aussi un aspect qui rend mon métier intéressant. À l’étranger, on doit savoir s’adapter du côté de la logistique et travailler avec différents partenaires. C’est stimulant de découvrir le fonctionnement et les méthodes qui ont cours à l’étranger. 

Par contre, les voyages constituent aussi un défi important de la profession, selon moi, en raison de la distance avec nos familles. En choisissant cette profession, il faut être prêt à se déplacer au Canada ou dans le monde en fonction de l’agenda du premier ministre. Cependant, il faut savoir que les déplacements ne sont pas toujours obligatoires, car, bien souvent, une partie de l’entourage du premier ministre demeure au pays et nécessite aussi une équipe sur place. 

Question
Quels sont les aspects méconnus de votre métier?
Réponse

Fréquemment, les gens pensent que nous sommes toujours les mêmes personnes autour du ministre et partout avec lui sur la route. Il faut savoir que notre équipe est une grande organisation composée d’une centaine d’agents de garde rapprochée dans l’unité du premier ministre. Il y a aussi une autre section de protection en garde rapprochée VIP, qui n’est pas pour le premier ministre, mais pour les autres personnes de marque comme le gouverneur général, certains ministres et des ambassadeurs ainsi que les personnes jouissant d’une protection internationale. Nous ne sommes pas toujours sur la route en train de suivre le premier ministre, car nos fonctions exigent aussi de planifier les événements, de s’entrainer et d’assurer la sécurité de la famille dans toutes ses activités. 

Le premier ministre actuel et sa famille sont très actifs, donc notre groupe est composé de plusieurs équipes qui ont de l’expérience ou de l’entrainement leur permettant de les suivre dans toutes les activités comme la course, le ski, le vélo, le bateau, etc. Un entrainement est offert aux membres de l’équipe afin de leur permettre d’exercer leurs fonctions, en tenant compte de leurs intérêts. Plusieurs entrainements sont obligatoires tout au long de la carrière à la GRC, comme pour les policiers en général, car il y a des tests annuels au niveau physique, médical et de tirs. 

Question
Qu’est-ce que vous diriez à une personne qui désire faire ce choix de carrière?
Réponse

Si on veut se lancer dans la garde du corps du premier ministre, il faut être une personne patiente et persévérante. Les journées sont assez variables en matière de défi ou d’engagement, mais il faut garder en perspective que nous sommes là afin de servir le public et d’assurer la sécurité. Il faut aimer travailler en équipe et rester concentré et à l’affut sur de longues périodes. Comme pour les autres policiers de tous les niveaux, il faut savoir faire la coupure entre le travail et la vie personnelle. 

Entrevue réalisée par Annie Bédard